Cancer du sein : Il faut changer la nomenclature !

Le dépistage organisé du cancer du sein reste peu utilisé à Bruxelles, malgré un réseau d’une trentaine de centres agréés. Pour le Dr Jean-Benoît Burrion, directeur médical de Bruprev, une modification de la nomenclature INAMI permettrait de lever l’une des ambiguïtés qui freinent encore son développement.

Directeur médical de Bruprev (le dispositif bruxellois de prévention), le Dr Jean-Benoît Burrion veut améliorer le dépistage du cancer du sein. Pour cela, il demande aux autorités politiques et publiques de lever un obstacle réglementaire persistant : « Il existe une ambiguïté du numéro de nomenclature INAMI, aujourd'hui réservé à l'investigation de symptômes mammaires alors qu’il est utilisé de facto pour du dépistage chez des femmes asymptomatiques. Il y a eu une tentative de clarification portée par l'ex-ministre de la Santé Maggie De Block, qui s'était heurtée à l’époque à une forte opposition d’une partie des praticiens. »

Pour lui, « un consensus plus favorable se dessine aujourd’hui ! »

Un socle solide, mais sous-exploité

Pour rappel, selon lui, depuis le lancement des premiers projets pilotes entre 2006 et 2008, Bruprev a bâti un réseau d'une trentaine de centres de dépistage du cancer du sein, des unités de mammographie agréées dont la qualité des prestations fait l'objet d'un contrôle annuel. « Ce vaste réseau disponible est sous-utilisé, notamment parce qu’il doit faire face à la concurrence d'un dépistage dit “opportuniste”, qui est souvent réalisé en cabinet privé de gynécologie dans le cadre d'un bilan complet, payant. Ce dernier est perçu par de nombreuses patientes comme plus rassurant. Sur le terrain, aujourd’hui, un tiers des Bruxelloises éligibles au dépistage du sein passe par cette voie privée, contre 10 % seulement pour le circuit organisé — alors qu’il offre le meilleur rapport bénéfices-inconvénients. »

Ce chiffre de 10 % est souvent brandi comme la preuve d'un échec. Le Dr Burrion entend nuancer : « La Région bruxelloise est toujours restée stable autour de 10 %, dans une population hétérogène en croissance permanente. » La comparaison avec la Wallonie est éclairante : partie d'un niveau comparable, cette dernière a vu son taux de couverture chuter à 4 %, en dépit de l’excellent travail du CCRef. « En Flandre, la couverture est supérieure à cause de facteurs culturels et de moyens financiers sans commune mesure. »

Des campagnes de communication à l'impact « zéro »

Pour améliorer un tel chiffre, différentes mesures ont été prises : les campagnes grand public (dont celle avec l’ancienne Miss Belgique Zeynep Sever et sa maman), des actions de proximité, comme celle sur les grands marchés bruxellois, en collaboration avec les agents de santé des bassins de soins. « Un sondage a été réalisé à cette occasion auprès de 600 personnes : 58 % des personnes interrogées connaissaient le test de dépistage du cancer colorectal, 90 % déclaraient avoir un médecin traitant et 70 % connaissaient personnellement leur pharmacien… Ces chiffres contredisent l'image d'une population bruxelloise déconnectée du système de soins », observe le Dr Burrion.

Des taux d'adhésion contrastés selon les étapes

Le parcours du dépistage colorectal illustre bien les marges de progression possibles. « À Bruxelles, un système mixte est en place : les personnes n'ayant jamais réalisé de test reçoivent une invitation annuelle, tandis que celles ayant déjà participé une première fois reçoivent directement leur kit suivant par la poste tous les deux ans. Ce deuxième circuit affiche un taux d'utilisation favorable, de l'ordre de 65 %. En revanche, parmi les personnes invitées par courrier à retirer un kit chez leur pharmacien, seules 10 % environ franchissent le pas — et, parmi elles, à peine 60 % utilisent effectivement le test avant sa date de péremption. C'est précisément sur ce maillon, le passage à l'acte après le retrait du kit, que Bruprev concentre désormais son travail de sensibilisation en collaboration avec les pharmaciens. »

Le Dr Burrion se montre en revanche prudent face à la tentation de calquer le modèle flamand d'envoi systématique du test à domicile, régulièrement invoqué par les médias. « En Flandre, ce système génère certes un taux de participation proche de 45 %, mais cela signifie aussi que plus de la moitié des kits envoyés, et donc du budget engagé, finissent à la poubelle. »

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